Par Jonathan Knaff, conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, Carte T), PYXIDA Patrimoine. Rédigé le 20 septembre 2026.
En bref
Deux nouveautés entrées en vigueur en 2026 passent largement inaperçues chez les frontaliers. L’abattement de maintien dans la vie professionnelle permet de déduire 9 000 € par an, soit 750 € par mois, à ceux qui pourraient partir en retraite anticipée et choisissent de continuer à travailler. Une bonification d’impôt de 922,50 € par enfant est ouverte au parent en garde alternée qui n’a pas la classe 1A. À cela s’ajoute le relèvement du plafond de l’épargne prévoyance-vieillesse, passé de 3 200 € à 4 500 € par personne. Et cinq déductions plus anciennes restent régulièrement inutilisées. Aucune n’est automatique : toutes se demandent, sur la fiche de retenue ou dans la déclaration.
Chaque année, nous reprenons les avis d’imposition et les fiches de retenue de nouveaux clients frontaliers. Le constat est presque toujours le même : une à trois déductions auxquelles ils avaient droit n’ont pas été activées. Rarement par négligence, presque toujours parce que personne ne leur a dit qu’elles existaient.
2026 ajoute deux dispositifs à cette liste, dont un que très peu de frontaliers connaissent. Voici l’inventaire, avec les montants et la démarche exacte pour chacun.
Sommaire
- L’abattement de maintien dans la vie professionnelle, la grande nouveauté 2026
- La bonification d’impôt pour garde alternée
- Le plafond de l’épargne prévoyance-vieillesse relevé de 41 %
- Cinq déductions plus anciennes, souvent inutilisées
- La condition qui commande presque tout : l’assimilation
- Questions fréquentes
1. L’abattement de maintien dans la vie professionnelle, la grande nouveauté 2026
Vous pourriez partir en retraite anticipée mais vous continuez à travailler ? Le Luxembourg vous accorde 9 000 € de déduction par an, soit 750 € par mois.
Cet abattement, créé par la loi du 19 décembre 2025 et applicable depuis le 1er janvier 2026, vise à encourager le maintien en activité jusqu’à 65 ans. Il concerne directement les frontaliers, et c’est l’une des rares mesures où la démarche pour un non-résident est explicitement prévue.
Qui peut en bénéficier : tout contribuable qui perçoit un revenu d’activité professionnelle et qui remplit les conditions d’une pension de vieillesse anticipée sans faire valoir ce droit. Les pensions visées sont celles prévues par la législation luxembourgeoise, c’est-à-dire les pensions de vieillesse anticipées du régime général, du régime spécial et du régime spécial transitoire.
Bonne surprise sur le périmètre des revenus : ne sont pas seulement concernés les salaires, mais aussi les indemnités pécuniaires de maladie, le congé parental indemnisé, les indemnités de chômage et l’indemnité de préretraite.
La démarche, en trois étapes :
- Demandez le certificat d’éligibilité à votre caisse de pension, la Caisse nationale d’assurance pension pour les salariés du privé. La demande se fait via MyGuichet. Le délai dépend de votre carrière et des informations dont dispose la caisse.
- Faites rectifier votre fiche de retenue d’impôt auprès de votre bureau RTS, à l’aide du formulaire 164. En tant que non-résident, vous cochez la case 317 (la case 322 étant réservée aux résidents) et vous joignez le certificat. L’abattement s’applique alors chaque mois, sans attendre la déclaration.
- À défaut, notamment si le certificat arrive trop tard, la demande peut être faite dans la déclaration d’impôt ou le décompte annuel.
Deux précisions qui comptent. L’abattement est mensualisé : il est accordé au plus tôt à partir du mois qui suit celui où les conditions sont remplies, et le mois où elles cessent de l’être reste acquis en entier. En revanche, il n’est pas proraté en cas de temps partiel, ce qui le rend particulièrement intéressant en fin de carrière aménagée.
L’avantage se chiffre vite : selon votre taux marginal, ces 9 000 € de déduction représentent entre 2 500 € et 3 800 € d’impôt en moins par an. Un projet de loi prévoit par ailleurs d’étendre le dispositif aux personnes qui réduisent leur temps de travail en percevant une pension progressive ; il n’est pas voté à ce jour.
La deuxième nouveauté concerne un tout autre public.
2. La bonification d’impôt pour garde alternée
Le parent séparé qui n’a pas la classe 1A peut désormais demander jusqu’à 922,50 € par enfant.
Le système luxembourgeois créait une asymétrie : en garde alternée, le parent bénéficiant de la classe 1A profitait d’un avantage fiscal, l’autre parent n’avait rien. Une mesure transitoire, applicable aux revenus 2025 et 2026, corrige cette situation.
Trois conditions cumulatives :
- être imposé en classe 1, donc ne pas bénéficier de la classe 1A ;
- partager l’allocation familiale avec l’autre parent ;
- avoir un revenu imposable ajusté inférieur à 76 600 €.
Le montant atteint 922,50 € par enfant jusqu’à 67 400 € de revenu, puis décroît. Entre 67 400 € et 76 600 €, il se calcule en divisant par dix l’écart entre 76 600 € et votre revenu. Avec 70 000 € de revenu imposable, la bonification s’établit donc à 660 € par enfant.
La demande se fait dans la déclaration (modèle 100) ou dans le décompte annuel (modèle 163). Elle n’est jamais accordée d’office.
⚠️ Une mesure transitoire, à revérifier pour les revenus 2027
Ce dispositif a été voté pour les années d’imposition 2025 et 2026. Sa reconduction n’est pas acquise, et la réforme fiscale de 2028 doit par ailleurs refondre l’ensemble des mécanismes familiaux. Si vous êtes concerné, faites la demande pour les années ouvertes sans attendre.
La troisième mesure est celle dont l’effet se cumule le mieux avec les deux premières.
3. Le plafond de l’épargne prévoyance-vieillesse relevé de 41 %
Le plafond de déduction du contrat article 111bis est passé de 3 200 € à 4 500 € par personne à partir de l’année d’imposition 2026, soit 9 000 € pour un couple.
C’est une hausse de 41 % de la capacité de déduction, et elle profite d’autant plus que votre tranche est élevée. Pour un couple qui verse le maximum, l’économie d’impôt gagne plus de 1 000 € par an par rapport à l’ancien plafond.
Deux réflexes pour ceux qui ont déjà un contrat :
- Relever le versement annuel au nouveau plafond, faute de quoi 1 300 € de capacité de déduction restent inutilisés chaque année.
- Vérifier que le contrat correspond toujours à l’objectif : horizon de placement, capital garanti ou supports en actions, niveau de frais. Ces paramètres varient fortement d’un assureur à l’autre.
Le fonctionnement complet du dispositif, ses conditions d’éligibilité et sa fiscalité à la sortie sont détaillés dans notre guide du contrat 111bis. Et si vous percevez une prime cette année, sachez que c’est le moment où chaque euro versé rapporte le plus, comme nous l’expliquons dans notre article sur l’imposition des primes.
Ces trois mesures sont cumulables. Restent les déductions plus anciennes, que nous voyons passer à la trappe chaque année.
4. Quatre déductions plus anciennes, souvent inutilisées
| Déduction | Montant 2026 | Ce qui la fait oublier |
|---|---|---|
| Dépenses spéciales (assurances responsabilité civile, décès, invalidité, mutuelle, intérêts de crédits personnels) | 672 € par personne du ménage, enfants compris | L’avis d’échéance français ne distingue pas la part déductible : il faut demander une attestation détaillée à l’assureur |
| Frais de déplacement | forfait par unité d’éloignement, 99 € par unité, maximum 2 574 € par an | Inscrit d’office sur la fiche de retenue, mais parfois calculé sur une ancienne adresse |
| Épargne-logement | 1 344 € par personne de 18 à 40 ans, 672 € au-delà | Dispositif peu mis en avant, et fonds bloqués dix ans |
| Prime unique d’assurance solde restant dû | de 6 000 € à 24 960 € selon l’âge et le nombre d’enfants | Réservée au financement de la résidence principale, utilisable une fois tous les cinq ans : l’occasion se présente au moment du prêt |
À cela s’ajoutent les dons, déductibles à partir de 120 € par an et dans la limite de 20 % du revenu imposable, y compris pour des organismes français reconnus, sous déduction de l’avantage fiscal déjà obtenu en France.
💡 Le bon réflexe : relire sa fiche de retenue en janvier
La fiche de retenue d’impôt indique noir sur blanc les abattements pris en compte pour l’année. Une lecture de dix minutes suffit à repérer un abattement extra-professionnel manquant, des frais de déplacement calculés sur une ancienne adresse, ou l’absence de l’abattement de maintien dans la vie professionnelle auquel vous auriez droit.
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Un point conditionne l’accès à la plupart de ces avantages, et il mérite une section à lui seul.
5. La condition qui commande presque tout : l’assimilation
Sans option pour l’assimilation au résident fiscal luxembourgeois, un frontalier ne peut pas déduire la majorité de ces postes.
L’assimilation s’obtient dès lors qu’une personne du foyer perçoit au moins 90 % de ses revenus professionnels au Luxembourg, ou que ses revenus non luxembourgeois restent inférieurs à 13 000 €. Elle se demande sur le formulaire 100 F. Le détail du mécanisme figure dans notre guide de la déclaration du frontalier.
Deux nuances à garder en tête :
- L’abattement de maintien dans la vie professionnelle fait exception : la démarche est prévue pour les non-résidents directement sur la fiche de retenue, via le formulaire 164.
- Une capacité de déduction n’est pas un gain équivalent en euros. Pour un frontalier assimilé, les déductions rattachées à un élément étranger, en particulier les intérêts d’emprunt d’un logement situé en France, jouent sur le revenu mondial qui détermine votre taux, et non directement sur la base imposable luxembourgeoise. Leur effet réel est plus faible, et il se calcule au cas par cas.
C’est précisément ce calcul, poste par poste, qui permet de savoir si la déclaration luxembourgeoise vaut la peine dans votre situation, et quels avantages activer en priorité.
6. Questions fréquentes
Quels avantages fiscaux pour un frontalier au Luxembourg ?
En 2026 : l’abattement de maintien dans la vie professionnelle (9 000 € par an), la bonification d’impôt pour garde alternée (jusqu’à 922,50 € par enfant), le plafond relevé de l’épargne prévoyance-vieillesse (4 500 € par personne), l’abattement extra-professionnel (4 500 € par couple), les dépenses spéciales (672 € par personne du ménage), le forfait de frais de déplacement (jusqu’à 2 574 €), l’épargne-logement, la prime unique d’assurance solde restant dû et les dons.
Qu’est-ce que l’abattement de maintien dans la vie professionnelle ?
Une déduction de 9 000 € par an, soit 750 € par mois, créée par la loi du 19 décembre 2025 et applicable depuis le 1er janvier 2026. Elle s’adresse aux contribuables qui remplissent les conditions d’une pension de vieillesse anticipée luxembourgeoise et choisissent de continuer à travailler sans faire valoir ce droit.
Comment demander l’AMVP quand on est frontalier ?
En demandant d’abord un certificat d’éligibilité à la Caisse nationale d’assurance pension via MyGuichet, puis en faisant rectifier sa fiche de retenue d’impôt auprès du bureau RTS avec le formulaire 164, case 317 pour les non-résidents, certificat à l’appui. À défaut, la demande peut être présentée dans la déclaration d’impôt ou le décompte annuel.
Quelles déductions les frontaliers oublient-ils le plus souvent ?
Les dépenses spéciales liées aux assurances françaises, faute d’attestation détaillée de l’assureur, le forfait de frais de déplacement calculé sur une ancienne adresse, l’abattement extra-professionnel absent de la fiche de retenue, et le relèvement du plafond de l’épargne prévoyance-vieillesse non répercuté sur le versement annuel.
Un frontalier en garde alternée a-t-il droit à une bonification d’impôt ?
Oui, si les trois conditions sont réunies : être imposé en classe 1, partager l’allocation familiale avec l’autre parent, et avoir un revenu imposable ajusté inférieur à 76 600 €. La bonification atteint 922,50 € par enfant jusqu’à 67 400 € de revenu, puis décroît. Il s’agit d’une mesure transitoire portant sur les revenus 2025 et 2026.
Article rédigé le 20 septembre 2026, montants applicables à l’année d’imposition 2026. Les plafonds et dispositifs évoluent chaque année : vérifiez la date de dernière révision en haut de l’article. Ce contenu a une vocation pédagogique et ne se substitue pas à un conseil personnalisé. → Demander un bilan patrimonial
Sources : le nouvel abattement de maintien dans la vie professionnelle, Chambre des salariés · certificat CNAP pour l’abattement fiscal, Guichet.lu · fiches de retenue d’impôt et formulaire 164, Administration des contributions directes · prévoyance-vieillesse, ACD