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Déclaration frontalier Luxembourg-France 2026 : le guide complet

En bref : Vous habitez en France et travaillez au Luxembourg ? Vous devez obligatoirement remplir une déclaration française chaque année. La déclaration luxembourgeoise, elle, n’est obligatoire que dans certains cas, mais elle est souvent l’occasion de récupérer un trop-perçu. Et la méthode de calcul a profondément changé en 2024 : voici ce qu’il faut savoir pour cocher les bonnes cases.


Sommaire

  1. Pourquoi devez-vous remplir une déclaration en France alors que vous travaillez au Luxembourg ?
  2. Le changement de 2024 : la méthode du crédit d’impôt remplace le taux effectif
  3. Les échéances à connaître
  4. Côté Luxembourg : qui est concerné, comment optimiser
  5. Côté France : la méthode qui a changé
  6. Cas concret : Dominique et Camille, un foyer franco-luxembourgeois
  7. Les 5 erreurs les plus fréquentes (et comment les éviter)
  8. Questions fréquentes
  9. Pour aller plus loin

1. Pourquoi devez-vous remplir une déclaration en France alors que vous travaillez au Luxembourg ?

À première vue, la situation peut sembler contre-intuitive. Vous gagnez votre salaire au Luxembourg. Vous payez votre impôt au Luxembourg, retenu directement à la source. Pourquoi la France vient-elle vous redemander de déclarer ces mêmes revenus ?

La réponse tient à un principe simple du droit fiscal : votre pays de résidence a le droit de connaître l’intégralité de vos revenus mondiaux, même ceux gagnés à l’étranger. C’est ce qu’on appelle le principe de l’imposition mondiale du résident fiscal.

En clair : si votre foyer fiscal est en France, vous y avez votre résidence principale, votre famille, votre vie personnelle et économique, alors vous êtes résident fiscal français. À ce titre, vous devez déclarer en France :

  • Vos revenus français éventuels (conjoint salarié en France, activité indépendante, revenus locatifs, dividendes)
  • Et vos revenus luxembourgeois (salaire, primes, pensions)

Cela ne signifie pas que vous serez doublement imposé. La convention fiscale franco-luxembourgeoise, signée le 20 mars 2018 et en vigueur depuis 2020, prévoit un mécanisme pour éviter la double imposition. Mais ce mécanisme a profondément changé en 2024, et c’est là que beaucoup de frontaliers se trompent encore.

Qui est concerné par cette obligation française ?

Tous les résidents fiscaux français, sans exception, qui perçoivent des revenus de source luxembourgeoise :

  • Les salariés frontaliers travaillant au Luxembourg
  • Les indépendants ayant une activité au Luxembourg
  • Les retraités percevant une pension luxembourgeoise
  • Les propriétaires d’un bien locatif au Luxembourg

À l’inverse, la déclaration au Luxembourg n’est pas systématique. Nous y reviendrons : c’est précisément le sujet qui sépare ce qu’il faut faire de ce qui peut être fait.


2. Le changement de 2024 : la méthode du crédit d’impôt remplace le taux effectif

Vous en avez probablement déjà entendu parler. La réforme de la déclaration frontalier a fait beaucoup de bruit ces dernières années, et à juste titre. Pour la majorité des frontaliers, elle s’est traduite par une charge déclarative perçue comme défavorable.

Voici ce qui s’est passé concrètement.

Avant 2024 : la méthode du taux effectif

Jusqu’aux revenus 2023, vous pouviez déclarer en France vos revenus luxembourgeois selon la méthode dite du taux effectif. Sur la déclaration française, vous indiquiez le montant suivant :

Revenu brut luxembourgeois, moins les charges sociales, moins l’impôt déjà retenu au Luxembourg

Ce montant servait uniquement à calculer un taux moyen d’imposition appliqué à vos autres revenus français. Les revenus luxembourgeois eux-mêmes n’étaient pas réintégrés dans la base imposable française.

C’était simple, lisible, et les frontaliers s’y étaient habitués depuis des années.

Depuis 2024 : la méthode du crédit d’impôt, obligatoire et sans alternative

La convention fiscale franco-luxembourgeoise du 20 mars 2018, avec son avenant d’octobre 2019, a basculé le dispositif vers la méthode du crédit d’impôt égal à l’impôt français. Une période de tolérance avait été accordée pour les revenus 2020 à 2023, pendant laquelle vous pouviez encore opter pour l’ancien système. Cette tolérance est terminée. Pour vos revenus 2024 et au-delà, seule la nouvelle méthode s’applique.

Concrètement, sur votre déclaration française vous devez maintenant indiquer :

Revenu brut luxembourgeois, moins les charges sociales uniquement

L’impôt déjà payé au Luxembourg n’est plus déduit du montant que vous déclarez. Il est ensuite neutralisé en France via un crédit d’impôt. En théorie, le résultat fiscal final est proche. En pratique, cette mécanique :

  • Modifie la base imposable affichée sur votre avis d’imposition français, souvent à la hausse
  • Peut faire évoluer votre taux personnalisé de prélèvement à la source
  • Complique les arbitrages sur les autres revenus du foyer

💡 Bon à savoir : si vous tombez sur un article ou un guide qui présente encore le taux effectif comme la méthode actuelle, il n’a probablement pas été mis à jour depuis la fin de la tolérance. Toutes les références ci-dessous sont à jour pour la déclaration 2026.

Conséquence directe : les cases changent

Le changement de méthode entraîne un changement de cases sur le formulaire 2042.

Avant 2024 (taux effectif)Depuis 2024 (crédit d’impôt)
1AC / 1BC / 1CC / 1DC (salaires luxembourgeois)1AF / 1BF / 1CF / 1DF
1AH / 1BH / 1CH / 1DH (pensions publiques)1AL / 1BL / 1CL / 1DL

Et un complément essentiel : la case 8TK (revenus de source étrangère ouvrant droit à un crédit d’impôt égal à l’impôt français), qui doit obligatoirement être renseignée en plus.


3. Les échéances à connaître

Deux calendriers coexistent, et ils ne se ressemblent pas.

Côté France (déclaration des revenus 2025)

Les dates exactes sont publiées chaque année par la DGFiP courant avril sur impots.gouv.fr. Le calendrier 2026 suit la logique habituelle :

  • Déclaration papier : 19 mai 2026 à 23h59
  • Déclaration en ligne : trois vagues selon votre département de résidence
  • Départements 01 à 19 : 21 mai 2026 à 23h59
  • Départements 20 à 49 : 28 mai 2026 à 23h59
  • Départements 50 à 95 et étrangers : 4 juin 2026 à 23h59

Une erreur repérée après le dépôt n’est pas définitive. Le service de correction en ligne est ouvert du 29 juillet au 30 novembre 2026 depuis votre espace personnel. Au-delà de cette date, la rectification passe par une réclamation adressée à l’administration.

Manquer une date de dépôt entraîne une majoration de 10 % du montant de l’impôt dû, plus des intérêts de retard de 0,2 % par mois.

Côté Luxembourg

C’est l’échéance encore ouverte, et beaucoup de frontaliers l’ignorent. La date limite de dépôt de la déclaration luxembourgeoise (formulaire 100 F) est fixée au 31 décembre de l’année qui suit celle des revenus. Pour les revenus 2025, vous avez donc jusqu’au 31 décembre 2026.

C’est le moment de l’année où cette démarche mérite votre attention, d’autant qu’elle est le plus souvent l’occasion de récupérer un trop-perçu d’impôt plutôt que d’en payer davantage.

L’Administration des contributions directes publie ses calendriers et formulaires sur impotsdirects.public.lu. Pour les démarches pratiques, guichet.lu reste la référence.

Voyons maintenant par quel bout commencer. Et la réponse n’est pas forcément celle qu’on imagine.


4. Côté Luxembourg : qui est concerné, comment optimiser

Pourquoi commencer par le Luxembourg ? Pour deux raisons concrètes :

  1. Les revenus que vous reporterez côté français doivent correspondre exactement aux montants luxembourgeois, autant les avoir validés en premier
  2. Si vous avez des arbitrages à faire au Luxembourg (déductions, assimilation fiscale, classe d’impôt), ces choix ont un impact en cascade sur votre déclaration française

Mais avant cela, posons la vraie question : êtes-vous obligé de remplir une déclaration au Luxembourg ?

4.1 La déclaration luxembourgeoise n’est pas systématique

Contrairement à la déclaration française, obligatoire pour tous les résidents fiscaux français, la déclaration luxembourgeoise ne concerne qu’une partie des frontaliers. Pour beaucoup, la retenue à la source effectuée par votre employeur sur votre fiche de paie est libératoire : elle solde votre impôt luxembourgeois sans démarche supplémentaire.

Vous êtes obligé de remplir la déclaration luxembourgeoise (formulaire 100 F) notamment dans les cas suivants :

  • Vos revenus annuels imposables au Luxembourg dépassent 100 000 € (seuil à vérifier chaque année auprès de l’Administration des contributions directes)
  • Vous avez perçu des revenus de plusieurs employeurs luxembourgeois sur la même année
  • Vous êtes non-résident marié et vous demandez l’imposition collective en classe 2
  • Vous percevez des revenus complémentaires au Luxembourg : revenus locatifs, dividendes substantiels, autres sources
  • L’Administration des contributions directes vous a adressé un courrier d’invitation à déclarer

Pour les autres frontaliers, la déclaration reste facultative mais souvent avantageuse : elle permet de récupérer un éventuel trop-perçu d’impôt en optimisant les déductions (intérêts d’emprunt, prévoyance-vieillesse, dons). Notre cabinet recommande systématiquement de simuler les deux scénarios avant de décider.

4.2 Formulaire 100 F ou décompte annuel 163 ?

Si vous décidez, ou êtes obligé, de faire une démarche côté Luxembourg, vous avez le choix entre deux outils :

DocumentPour quiPermet quoi
Décompte annuel (formulaire 163)Salariés sans complexité particulièreRécupérer un trop-perçu d’impôt sur l’année, démarche allégée
Déclaration d’impôt (formulaire 100 F)Tous les autres cas, et ceux qui veulent optimiserDéclaration complète avec toutes les déductions et arbitrages possibles

Le décompte annuel 163 est plus simple à remplir, mais il limite fortement les optimisations. Le formulaire 100 F est plus exigeant, et permet de réelles réductions d’impôt.

4.3 Le levier méconnu : l’assimilation fiscale à 90 %

C’est sans doute la disposition la plus précieuse pour les frontaliers, et la moins bien comprise. Le principe :

Un non-résident peut demander à être imposé comme un résident luxembourgeois, avec l’accès à toutes les déductions et aux classes d’impôt réservées aux résidents, s’il perçoit au moins 90 % de ses revenus mondiaux au Luxembourg.

⚠️ Précision qui fait toute la différence : beaucoup de frontaliers pensent que ces 90 % s’apprécient au niveau de l’ensemble du foyer fiscal. Ce n’est pas le cas. Il suffit qu’une seule personne du foyer respecte ce critère pour ouvrir le bénéfice de l’assimilation à l’ensemble du foyer. Cela change beaucoup de situations, notamment pour les couples mixtes dont l’un des conjoints travaille en France.

L’assimilation se demande explicitement sur le formulaire 100 F. Elle change profondément le calcul de votre impôt luxembourgeois, et mérite d’être étudiée systématiquement.

⚠️ Attention, un réflexe à éviter : la classe 2 est souvent présentée comme automatiquement la plus favorable pour les couples mariés. Ce n’est pas toujours vrai. Lorsque les revenus étrangers du conjoint dépassent largement les revenus luxembourgeois, l’imposition individuelle peut se révéler plus avantageuse. Trois options existent, et elles méritent d’être comparées chiffres en main plutôt que tranchées par habitude. À partir de 2028, ce choix change de nature : la réforme fiscale luxembourgeoise remplace les classes actuelles par une classe unique U, avec une classe T transitoire pour les couples déjà mariés.

💡 Les déductions que les frontaliers oublient le plus souvent :

1. Les intérêts d’emprunt sur résidence principale, sous conditions

2. Les versements sur un contrat d’épargne prévoyance-vieillesse, dont le plafond est passé à 4 500 € par an et par personne depuis 2026. C’est l’un des leviers les plus efficaces à disposition d’un frontalier, nous lui consacrons un guide complet sur l’article 111bis

3. Les primes d’assurances et de prévoyance (assurance-vie, mutuelle, responsabilité civile, décès), déductibles au titre des dépenses spéciales

4. Les frais de déplacement, sous forme d’un forfait calculé par unité d’éloignement entre votre domicile et votre lieu de travail, plafonné à 2 574 € par an. Attention : contrairement à la France, le Luxembourg n’admet pas de déduction au réel sur ce poste

5. Les dons et libéralités à des œuvres reconnues d’intérêt général

Nous en tenons l’inventaire complet, avec les nouveautés 2026 comme l’abattement de maintien dans la vie professionnelle, dans notre article sur les avantages fiscaux que les frontaliers oublient.

Votre déclaration luxembourgeoise est partie. C’est maintenant que la partie française commence vraiment.


5. Côté France : la méthode qui a changé

C’est la partie où le changement de 2024 se matérialise très concrètement, case par case. Et c’est aussi celle où les habitudes prises depuis des années se retournent contre vous.

5.1 Pourquoi déclarer en France des revenus déjà imposés au Luxembourg ?

Reprenons le principe. En tant que résident fiscal français, vous êtes imposable sur votre revenu mondial. La convention franco-luxembourgeoise vous évite la double imposition directe sur vos revenus luxembourgeois en vous accordant un crédit d’impôt français égal à l’impôt français qui aurait été calculé sur ces revenus.

Concrètement, la part d’impôt français correspondant à vos revenus luxembourgeois est annulée par ce crédit. Mais ces revenus restent intégrés à la base de calcul, et c’est précisément ce qui produit des effets indirects sur le foyer :

  • Ils augmentent le taux moyen d’imposition appliqué aux autres revenus français du foyer (salaire du conjoint en France, revenus locatifs, dividendes), qui se retrouvent imposés à un taux plus élevé qu’en l’absence de revenus luxembourgeois dans le calcul
  • Ils peuvent modifier votre taux personnalisé de prélèvement à la source
  • Ils augmentent votre revenu fiscal de référence, qui sert de base à de nombreux dispositifs : éligibilité aux bourses scolaires, à certaines aides locales, à des exonérations conditionnées par un plafond

Ce mécanisme explique aussi pourquoi un conjoint qui rejoint le Luxembourg ne fait pas toujours baisser l’impôt du couple, comme nous le montrons dans notre analyse du couple frontalier.

Avec la méthode du crédit d’impôt, ces effets sont plus marqués qu’avant. C’est pour cela que la perception de la réforme reste largement défavorable parmi les frontaliers.

5.2 L’annexe 2047, à ne pas oublier

L’annexe 2047 (déclaration des revenus de source étrangère) est le document qui rattache vos revenus luxembourgeois à la convention et ouvre le droit au crédit d’impôt. Sans elle, le mécanisme ne se déclenche pas.

Rien ne vous oblige à la remplir avant le 2042, les deux formulaires peuvent être complétés dans l’ordre qui vous arrange. Un conseil de confort tout de même : en commençant par le 2047, le montant de la case 8TK est reporté automatiquement sur le 2042, ce qui vous évite de le saisir vous-même et supprime le principal risque d’oubli.

Sur le formulaire 2047, vous devez compléter :

  • Cadre 1, traitements, salaires, pensions et rentes imposables en France : indiquez vos revenus luxembourgeois
  • Cadre 6, revenus imposables ouvrant droit à un crédit d’impôt égal à l’impôt français : c’est ici que vous précisez la convention applicable et le montant qui ouvre droit au crédit d’impôt

Sans le cadre 6 correctement rempli, le crédit d’impôt n’est pas appliqué.

5.3 Le formulaire 2042 : où reporter quoi

Une fois le 2047 complété, vous reportez les montants sur le 2042 dans les bonnes cases.

Type de revenu luxembourgeoisDéclarant 1Déclarant 2Personnes à charge
Salaires1AF1BF1CF / 1DF
Pensions publiques1AL1BL1CL / 1DL
Revenus fonciers (micro-foncier)4BE et 4BK
Revenus fonciers (régime réel)4BA et 4BL
Total à reporter (récapitulatif crédit d’impôt)8TK
Jours télétravaillés en France au-delà de 341AG / 1BG / 1CG / 1DG

Les trois points de vigilance :

  • ❌ Renseigner les anciennes cases 1AC / 1BC, correspondant au taux effectif, méthode obsolète depuis 2024
  • ❌ Oublier la case 8TK : sans elle, le crédit d’impôt n’est pas calculé
  • ❌ Omettre l’annexe 2047, qui rattache vos revenus à la convention

⚠️ Brut moins charges sociales, et c’est tout. Vos revenus luxembourgeois doivent être déclarés pour leur montant brut, diminué des seules charges sociales retenues au Luxembourg. Ne déduisez plus l’impôt déjà payé au Luxembourg, comme c’était le cas dans l’ancienne méthode du taux effectif. Cette erreur, très fréquente en 2024 et 2025, fausse la déclaration.

5.4 Cas spécifique : le télétravail au-delà de 34 jours

L’accord-cadre franco-luxembourgeois sur le télétravail fixe le seuil de tolérance à 34 jours par année civile, soit environ 7 % du temps de travail annuel. En dessous de ce seuil, vos jours télétravaillés en France restent intégralement imposables au Luxembourg.

⚠️ Un seuil, pas une franchise. C’est le point le plus mal compris de ce dispositif. Dès lors que vous dépassez les 34 jours, ce n’est pas seulement le dépassement qui bascule : l’intégralité de vos jours travaillés hors du Luxembourg devient imposable en France. Un frontalier à 40 jours de télétravail ne déclare pas 6 jours en France, il en déclare 40. Le revenu correspondant est déclaré en cases 1AG / 1BG / 1CG / 1DG du formulaire 2042, et reporté côté luxembourgeois en cases 703 et 704 du formulaire 100 F.

Le montant à retenir figure en case 31 de votre certificat de salaire annuel luxembourgeois, pour son montant net imposable après déduction des cotisations sociales.

À noter que franchir ce seuil n’est pas systématiquement défavorable. Selon le niveau de revenu et la composition du foyer, l’impôt français dû sur ces jours peut se révéler inférieur à l’économie réalisée côté luxembourgeois. C’est un calcul qui se fait au cas par cas, et qui mérite d’être posé avant de s’inquiéter.

Une circulaire de l’Administration des contributions directes du 24 juin 2026 est venue préciser l’application de ce seuil, et ses règles méritent d’être connues :

  • Toute fraction de journée travaillée hors du Luxembourg compte pour une journée pleine
  • Les formations suivies hors du Luxembourg entrent dans le décompte
  • Le seuil est proratisé en cas de temps partiel ou de contrat commencé en cours d’année
  • La charge de la preuve repose sur le salarié : contrats, feuilles de temps, justificatifs de transport

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Si vous approchez du seuil, la tenue d’un décompte précis tout au long de l’année n’est pas une précaution excessive, c’est ce qui vous permettra de justifier votre situation. Ce sujet fera l’objet d’un article dédié.


6. Cas concret : Dominique et Camille, un foyer franco-luxembourgeois

Cet exemple est directement repris du pas-à-pas officiel de la DGFiP. Il illustre concrètement la différence entre l’ancienne et la nouvelle méthode.

Profil du couple :

  • Dominique exerce une activité salariée au Luxembourg : salaire annuel brut de 40 000 €, dont 2 000 € d’impôt payés au Luxembourg
  • Camille exerce une activité salariée en France : salaire annuel de 25 000 €
  • Couple marié, résident fiscal français

Sous l’ancienne méthode du taux effectif

Le couple avait pu opter pour la mesure de tolérance et déclarer ainsi :

  • Revenus de Dominique : 38 000 €, soit 40 000 moins les 2 000 d’impôt luxembourgeois déjà déduits, en case 1AC de la 2042 C
  • Revenus de Camille : 25 000 € en case 1BJ de la 2042

Simple, lisible. Cette option n’est plus disponible.

Sous la méthode du crédit d’impôt, obligatoire aujourd’hui

Le couple doit désormais remplir :

Sur l’annexe 2047 :

  • Cadre 1 (revenus imposables en France) : 40 000 € pour Dominique, le brut total, sans déduction de l’impôt luxembourgeois
  • Cadre 6 (revenus ouvrant droit au crédit d’impôt) : 40 000 €, convention « Luxembourg »

Sur le formulaire 2042 :

  • Case 1AF : 40 000 €, salaires luxembourgeois de Dominique avec crédit d’impôt
  • Case 1BJ : 25 000 €, salaires français de Camille, inchangé
  • Case 8TK : 40 000 €, récapitulatif du crédit d’impôt
ÉlémentAncienne méthodeMéthode actuelle
Montant déclaré en France pour Dominique38 000 €40 000 €
Case utilisée1AC1AF + 8TK
Calcul du crédit d’impôtImplicite, via le taux effectifExplicite, via la case 8TK
Risque d’oubliFaibleÉlevé si on oublie 8TK ou l’annexe 2047

Le résultat fiscal final tend à se rapprocher dans les deux cas. Mais la lisibilité de l’avis d’imposition, le taux de prélèvement à la source qui en découle, et les effets de bord sur les autres calculs ne sont pas identiques.

C’est précisément cette complexité qui a multiplié les erreurs depuis 2024.


7. Les 5 erreurs les plus fréquentes (et comment les éviter)

1. Renseigner les anciennes cases, 1AC au lieu de 1AF

C’est de loin l’erreur la plus fréquente. Par habitude, beaucoup de frontaliers reportent les revenus en 1AC, comme avant 2024.

2. Oublier la case 8TK

La case 8TK est la pierre angulaire du dispositif actuel. C’est elle qui matérialise le crédit d’impôt dans le calcul de l’administration. Sans elle, vos revenus luxembourgeois sont imposés normalement en France.

3. Déclarer le net au lieu du brut moins charges sociales

Beaucoup de frontaliers déclarent par réflexe le net indiqué sur leur fiche de paie. Le bon montant est le brut moins les charges sociales uniquement. L’impôt déjà payé au Luxembourg ne doit plus être déduit, contrairement à l’ancienne méthode.

4. Sauter le formulaire 2047, ou le remplir après le 2042

Le formulaire 2047 reste indispensable : c’est lui qui rattache vos revenus luxembourgeois à la convention et qui ouvre le crédit d’impôt via la case 8TK. La déclaration en ligne vous le rappelle d’ailleurs par un message si vous tentez de valider sans l’avoir complété. Astuce de confort : remplissez le 2047 en premier, le montant de la case 8TK sera alors reporté automatiquement sur le 2042.

5. Croire que la convention « exonère » les revenus luxembourgeois en France

C’est une lecture héritée de l’ancien régime du taux effectif, devenue erronée depuis 2024. La méthode actuelle impose les revenus luxembourgeois en France et les intègre au revenu fiscal de référence, un crédit d’impôt venant ensuite annuler l’impôt français qui leur correspond. Conséquence : ces revenus pèsent indirectement sur le taux moyen d’imposition des autres revenus du foyer, sur le revenu fiscal de référence et sur tous les arbitrages patrimoniaux qui en découlent, de l’assurance-vie à la capacité d’emprunt. Les considérer comme neutres conduit à des décisions sous-optimales.


8. Questions fréquentes

Faut-il refaire les déclarations 2020 à 2023 sous la nouvelle méthode ?

Non. Pour les revenus 2020 à 2023, la mesure de tolérance vous a permis d’opter pour l’ancien taux effectif. Si vous l’avez fait à l’époque, vos déclarations restent valides. Le changement obligatoire ne s’applique qu’à partir des revenus 2024.

Comment corriger ma déclaration si j’ai utilisé les anciennes cases ?

Vous pouvez déposer une déclaration rectificative via votre espace personnel sur impots.gouv.fr, rubrique « Mes déclarations » puis « Corriger ma déclaration en ligne ». La correction est généralement possible jusqu’à fin décembre de l’année qui suit la déclaration initiale. Au-delà, il faut adresser une réclamation contentieuse écrite à votre Service des impôts des particuliers.

Le télétravail change-t-il quelque chose à cette méthode ?

Oui, et c’est un sujet à part entière. Le seuil de tolérance est de 34 jours télétravaillés en France par année civile. Attention, il s’agit d’un seuil de bascule et non d’une franchise : dès que vous le dépassez, l’intégralité de vos jours travaillés hors du Luxembourg devient imposable en France, et non le seul dépassement. Ces revenus figurent en cases 1AG, 1BG et suivantes. La circulaire du 24 juin 2026 a précisé les règles de décompte : toute fraction de journée compte pour une journée pleine, et la charge de la preuve repose sur le salarié.

Quels documents mon employeur luxembourgeois doit-il me remettre ?

Le document indispensable est le certificat de rémunération annuelle, qui détaille votre brut, vos charges sociales et l’impôt luxembourgeois retenu. C’est la seule pièce nécessaire pour remplir vos déclarations. Si vous ne l’avez pas reçu avant la fin février, demandez-le à votre service des ressources humaines.


9. Pour aller plus loin

Cet article couvre le cadre général de la double déclaration franco-luxembourgeoise. Chaque situation a néanmoins ses subtilités : couples avec un seul revenu luxembourgeois, fonctionnaires européens, travailleurs en intérim transfrontalier, retraités, propriétaires d’un bien locatif au Luxembourg, télétravailleurs au-delà du seuil.

Pour trancher les détails de votre situation personnelle, le premier échange avec notre cabinet est offert. C’est un format de trente minutes en visioconférence, sans engagement, qui permet d’identifier où se trouvent vos marges d’optimisation et les points à sécuriser.

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Article mis à jour le 09/09/2026. La fiscalité évoluant régulièrement, vérifiez la date de dernière révision en haut de l’article. Ce contenu a une vocation pédagogique et ne se substitue pas à un conseil personnalisé. → Demander un bilan patrimonial

Auteur : Jonathan Knaff, fondateur de PYXIDA Patrimoine, Conseiller en Investissements Financiers (CIF), Courtier en Opérations d’Assurance (COA), titulaire de la Carte T (transactions immobilières), membre de l’ANACOFI, ORIAS n° 22 007 047.